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    January 04

    Session printanière

     

    Session printanière

     

     

     

     

    A gauche ou à droite ? :

     

    Printemps, mois d’avril :

    « « «  Alors, tes convictions et ton expérience te feraient plutôt voter pour celui de gauche ou de droite ? » » »

    « « «  Ben, je sais pas trop moi ! A chaque fois je me plante quand je crois que c’est le bon. Celui de droite me semble plein de promesses et celui de gauche peut réserver son lot de surprises » » »

    « « « Bon on vote, Dominique et Christophe sont déjà sortis de l’isoloir. » » »

    Les bulletins sont placés dans l’urne et le dépouillement donne Eric gagnant …..

     

    Après une trop longue campagne d’attente et plus de deux heures trente de route, nous avons touché au but. Nos deux barques ont accosté une petite île boisée entourée de plusieurs dizaines d’hectares d’eau d’un étang perdu dans une forêt de l’ouest de la France. Les berges sont accueillantes malgré de nombreuses déjections de mouettes qui font ressembler le sol à un quai de port. Un petit sandre mort est ballotté par les vagues au pied de la rive. Je préfère ça à un oiseau mort dans cette période troublée par la grippe aviaire ! La sève monte et les feuilles bourgeonnantes se tendent peu à peu dans chaque arbre. La température avoisine les 15° et Éole souffle à l’ouest depuis plusieurs jours. Nous avons débarqué sur cette île pour y vivre près de 4 jours comme des Robinsons et cela ne s’invente pas, nous sommes Vendredi ! Comme à chaque session « collective », Il se pose toujours un éternel et sympathique problème, le choix du poste ! Droite ? Gauche ?, chacun espérant secrètement que son coéquipier ne prenne pas son choix. Nous sommes deux équipes pêchant à chacune des pointes opposées. Eric aujourd’hui choisit le poste de droite. Au fond de moi-même, je l’envie un petit peu. Dominique sur l’autre poste a tiré l’aile gauche, le poste de « Ken » fréquemment pêché par un « Nutra addict »


    La technique de la bouillette belge :


    Je récupère en tirant lentement sur le fond un plomb étoilé. Je me transporte ainsi mentalement sous l’eau en lisant et analysant les vibrations que je ressens au contact de la tresse sur mes doigts et sur la pointe de ma canne. Les sillons sont parfois tendres, entrecoupés ou interrompus comme le socle d’une charrue labourant la terre. Le poste est complètement différent que l’on pêche à gauche ou à droite. J’ai hérité d’un fond vaseux avec quelques rares herbiers poussant dans une assez faible profondeur d’eau. A droite, le substrat est légèrement sableux avec une bande caillouteuse et près de trois mètres d’eau à moins de 100 mètres. On dit souvent que l’herbe est toujours plus verte dans le champs d’en face, quel veinard !! Je commence déjà à me trouver de fausses excuses et j’entrevois déjà le capot avant même d’avoir commencé à pêcher. C’est certain, si je ne prends rien, je vais me faire chambrer pendant un certain temps. Avant même de déployer mes fidèles sabres de carbone, j’avais mis une vingtaine d’appâts carnés à tremper directement dans l’eau de l’étang, juste devant mon vaillant Bic. La bouillette délavée est une technique que j’affectionne tout  particulièrement dans certaines conditions, notamment lorsque le poisson est très pêché. C’est souvent un plus qui fait souvent la différence. J’ai la faiblesse de penser comme l’a expliqué Achiel Stevens, qu’une bouillette qui sent fort peut être reconnue comme une nourriture piquante menant droit dans un sac noir ou sous une pluie d’éclairs aveuglants ! A l’inverse, elle est certainement perçue avec moins de danger. J’opte pour une pêche au spot à la bouillette et au gros pellet avec des têtes chercheuses. Eric a mis sa confiance dans les noix tigrées et les mêmes appâts que moi sur un amorçage léger de plusieurs spods de micro-bouillettes et de tigers broyées. Après moins d’une heure de pêche, Christophe ouvre déjà le bal avec une magnifique miroir de plus de 15 kilos presque two tone !


     

    Petite boule jaune :


    La fraîcheur arrive aussi rapidement que la nuit tombe. Nous nous retrouvons tous les quatre au centre de l’îlot qui devient notre quartier général à l’abri des vents et des regards. Nous faisons honneur à une ancienne tradition Franque en trinquant. Il était en ces temps lointains coutume que plus on cognait fort les verres, plus il y avait de chance d’échanger un peu de son vin en le répandant dans celui de l’autre pour prouver qu’on y avait pas introduit de poison et être ainsi considéré comme honnête. Nous ne badinons donc pas avec les traditions mais modérément !

    Pendant le repas du soir, quelques petits piaillements attirent notre attention. A nos pieds, nous découvrons une petite boule de duvet jaune et noire apeurée. Il fait nuit et nous décidons de garder ce jeune invité à dormir dans le bonnet polaire de Christophe. Il sera relâché le lendemain à proximité d’une canne sauvage suivie par un wagon de canetons nageant en file indienne avec le sentiment d’avoir sauvé un futur orphelin.

    Au bout de 24 heures, je suis le seul à être capot. J’ai bien eu un superbe « départ » mais ce poisson lourd et puissant s’est décroché. Si mes collègues sentent la sueur à force de tirer des poissons, moi je sens plutôt la poisse ! Heureusement, mon coéquipier me fait partager ses prises……mais en me prêtant son appareil photo !. Je ne perds cependant pas espoir car en 4 sessions à cet endroit, j’ai toujours réussi à prendre un poisson même sous la grêle et un gel à pierre fendre. Je ne tiens plus en place et je cherche une solution. Les moulinets sont déjà chargés en nylon de 25 centièmes suivi d’une tête de ligne de 60 armée d’un missile de 115 grammes. Le bas de ligne court de 15 centimètres est armé d’un hameçon série 5 taille 6. J’esche d’un bonhomme de neige composé de deux bouillettes de 12 mm qui trempent depuis notre arrivée, celles qui réussissent si bien à mon coéquipier ! Les montages sont expédiés à une distance très honorable, légèrement décalés sur la droite pour atteindre la bande caillouteuse qui oblique vers ma gauche. Je reprends confiance en moi. A cette distance et à cet endroit là ça devrait démarrer. ….


     

    Cobra VS mouette :


    La confiance revient et je monte la garde au cul des cannes. Plusieurs carpes viennent régulièrement se moquer de moi en crevant la surface à moins de 20 mètres du bord. Je ne suis pas trop surpris de cette soudaine proximité. En effet lorsque l’on fait preuve de discrétion en évitant de marcher ou de montrer sa silhouette le long des berges c’est assez courant. D’ailleurs, les pêcheurs qui prennent des carpes le jour au pied des cannes savent de quoi je parle. C’est une technique trop peu utilisée car contraignante sauf si l’on pêche seul ou la nuit. Ce qui l’est moins sur cet étang c’est qu’il est pratiquement impossible d’en prendre une à cette distance et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dominique, notre spécialiste de le pêche de bordure (pour ne pas dire dans ses bottes) s’est juré d’y arriver mais il a toujours échoué à cet endroit. On y a pris des brèmes, des gardons, parfois des grosses tanches mais jamais de carpes !

    L’amorçage au cobra est aussi un défi permanent à cet endroit. Il faut au moins opérer à deux pour être certain d’obtenir le résultat escompté. La raison ? : Une horde de mouettes au vol vif et à l’œil perçant. Après avoir connu comme beaucoup les rats coupeurs de cheveux, les grèbes, les canards et les foulques pilleurs d’amorçage nous avons ici été confrontés à des mouettes voleuses capables de se saisir d’une bouillette en plein vol ! C’est usant physiquement et mentalement. La stratégie déployée par de nombreux collègues est quasiment identique pour tous. L’un amorce du côté opposé pour y attirer les mouettes en premier et l’autre peut alors amorcer son coup a peu près tranquillement. Imaginez un chalutier qui rejette des poissons à l’eau avec des mouettes opportunistes et vous avez la même chose. Et j’exagère à peine !

     

    Une des lignes de mon coéquipier, eschée d’une noix tigrée équilibrée et pelée au cutter démarre régulièrement. . La couleur claire de cet appât qui tranche avec la couleur du fond semble bien plaire aux poissons mais c’est encore grâce à un appât délavé qu’il met au sec une jolie miroir qui dépasse largement les 15 +

     

     
     Sauvé du capot :


    Ce n’est qu’après 28 longues heures de pêche que mon salut vient de la ligne de droite. Le détecteur sonne, le hanger bleu est collé au blank Un run d’enfer fait accélérer mon rythme cardiaque et monter l’adrénaline en un instant. Ce poisson qui me sauve du capot, je le veux et j’estime le mériter. Après un combat tout en force, j’épuise une très jolie commune, ma première sur cet étang. Nous renouvelons la tradition Franque pour sa venue. Les départs s’enchaînent maintenant très régulièrement et en moins de 24 heures, je refais mon « retard ». Mes micro bouillettes boostées à l’eau naturelle fonctionnent plutôt bien. Mon pellet emprisonné dans son bas ne rencontre aucun succès, pas même une brème. Je suis pratiquement certain que ce n’est pas l’appât qui ne marche pas mais le placement de la ligne qui n’est pas bon. Malgré plusieurs modifications de présentation à des endroits différents, les touches se produisent toujours sur les deux mêmes cannes. Les poissons sont parfaitement piqués dans la lèvre inférieure. Les carpes sont principalement des communes. Eric, Dominique et Christophe ne prennent que des miroirs. C’est à n’ y rien comprendre et je crois que c’est un peu pour ça que j’aime tant pêcher cette eau. Ce qui est vrai un jour ne l’est pas toujours le lendemain. Eric goûte maintenant aux joies de la photographie. C’est moi qui sent la sueur et lui la poisse. Sur l’autre poste, c’est le calme plat. Dominique prend une petite miroir qui fait chuter une moyenne très honnête. Comble de malchance, il s’aventure un peu loin dans l’eau en relâchant ce poisson. Du fait de sa taille (pas son tour !) très modeste, là où beaucoup ont de l’eau à hauteur de bottes, lui se trempe les cuisses. Trop tard, son portable prend l’eau comme son moral. L’opérateur Orange déclare forfait.

     
     

    Une fin de session arrosée :


    Le dernier jour de pêche, nous avons la visite d’un ami. Il a parlé avec une bonne partie des autres équipes et nos résultats semblent plutôt bons. La température est brutalement montée à près de 20° et un soleil radieux inonde la vallée. Le printemps nous semble maintenant bien installé. Les arbres arborent une belle parure verte qui s’éteindra en même temps que les carpes recommenceront à prendre du poids. Nous avons plié les abris et rangé le matériel au sec, seules les cannes pêchent encore avec l’espoir caché de prendre un dernier poisson. Les cannes sont enlevées une à une pour allonger nos chances. Evidemment, je terminerai par la canne de droite. La magie opère une dernière fois. Le silence est interrompu par le bruit strident du Delkim bleu. La bas au loin, à plus de 100 mètres, une carpe devenue maladroite par un excès de confiance s’est une nouvelle fois fait piéger par le Montage. Elle s’enfuit à toutes nageoires de cette bande caillouteuse où des appâts ronds, de couleur bien pâle et gonflés d’eau et apparemment sans danger piquent et blessent la bouche.

    J’épuise une magnifique miroir aux flancs dorés avec de magnifiques écailles. Ce n’est pas le plus gros poisson mais qu’importe c’est surtout le plus beau. Je savoure ma chance de pouvoir partager ces moments de bonheur avec de vrais amis. Nous aurions pu une nouvelle fois trinquer, il n’en fut rien. Nous sommes cependant copieusement arrosés par un déluge de pluie aussi soudain que persistant. Je compte dans ma tête les secondes séparant les grondements du tonnerre et les flash qui embrasent le ciel. Je n’en mène pas vraiment large, trempé jusqu’aux os avec des éclairs au dessus de ma tête. Le matériel baigne dans la boue, le fond de nos bateaux ressemble à une piscine. Nous abandonnons à regrets  cette petite mer d’eau douce, son île et ses mouettes. Rendez-vous est déjà pris pour nous mesurer à nouveau avec les carpes de ce site magnifique.

     

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

    Réconcilié avec la pleine lune

     

     


    Lundi 30 octobre 2006, 19H55 : J’attends avec impatience les prévisions météo. Evelyne annonce la fin de l’automne. Un col roulé fait place à son joli décolleté en prévision d’ une chute importante des températures et ce, dès mercredi prochain. Le menu de la semaine sera le même tous les jours : En entrée ; gelée matinale, au déjeuner ; ciel clair accompagné d’un vent d’est persistant et au dîner ; pleine lune ! Manque plus que Mickaël Youn et la bazooka team pour entonner « Fous ta Cagoule » et le menu est complet ! Cette session sur un grand étang de Brenne, pays des mille lacs ne se présente pas sous les meilleurs auspices. C’est une habitude ! Depuis plusieurs années, le club du Carpeau de Vie de Secondigny qui nous a conviés à cette rencontre amicale de 5 jours joue de malchance avec la météo. Qu’importe, nous attendons tous avec impatience de dresser la table sur les berges et d’en découdre avec de grosses miroirs bien dodues.

    Mardi 1er novembre 2006, 16H00 : Retenu par des obligations familiales, je prends la route pour rejoindre tous mes potes qui pêchent depuis ce matin. Je suis à la bourre et j’ai horreur d’être en retard. Dans ma carpe-mobile, je peste après les tracteurs, les campings-cars et autres voitures sans permis qui ralentissent ma progression vers l’étang. C’est entre « chien et loup » comme ont dit chez nous que je rejoins mon pote Eric sur le post.

    Ca déroule ?

    Une équipe de Secondigny installée près de la bonde a déjà une 15 kg et une 8. Juste à côté il s’est pris une 7 au cul des pédalos ! , autrement calme plat. Ha si, 5 poissons sont montés sur la droite du poste et j’y ai mis 2 lignes !

    - Petit malin ! »


    Je découvre les lieux qui sont magnifiques : Plus de 80 hectares d’eau confinés au milieu d’une forêt mixte de feuillus et de conifères. Nous avons le privilège d’occuper un poste sur une aile. Il s’ouvre sur une immense baie à gauche qui est en réserve. La largeur est d’environ 350 mètres. La berge opposée est colonisée par un important banc de nénuphars. Une roseraie longe le miroir liquide sur tout son pourtour. Le fond est sableux et propre avec un lit à peine marqué d’une ancienne rivière. Seule ombre à ce tableau idyllique , la présence de poissons chats. Je ressens un immense plaisir dont je savoure chaque instant .Maintenant, la lune brille au milieu du ciel étoilé et les feuilles sont bercées par un léger vent d’est. Un groupe de canards rejoint en vol serré la réserve pour y passer la nuit et le crie rauque du héron nous rappelle que nous sommes seulement invités chez lui. Derrière nos abris, en lisière de forêt, la terre sent fortement l’humus avec en cette saison, une odeur particulière de moisissure que connaissent bien les chercheur de champignons. Nous sommes bien, émerveillés par Dame Nature. J’ai une pensée pour Nicolas HULOT, personnalité attachante qui est courtisée de toute part. Quel pied ! Nous mesurons et savourons notre chance.



    Eric a tendu 2 cannes en bordure, une à environ 90 mètres et la dernière au pied du lit à plus de 150 mètres. Selon les renseignements recueillis, les carpes auraient une nette préférence pour les billes carnées et il ne se prendrait pratiquement aucun poisson en pop-up. Fidèle à mes habitudes, je fais donc l’inverse ! Je mets donc une « églantine forte » décollée sur la première canne eschée à une pioche et suivie d’un 110 grammes. Je « garroche » le plus loin possible à la « One again », technique chère à Manu. Les autres montages sont répartis à des distances différentes avec des bonhomme de neige. Ca pêche, demain il fera jour pour « travailler » plus précisément ! Il commence à cailler grave. Une soupe et 2 pieds de porc panés plus tard, nous nous enfonçons dans nos duvet pour rejoindre les bras de Morphée……..rroooonnnnnnnnn

    Jeudi 02 novembre 2006, 02H30 : Biiiiiiiiiiiipppppppppppppppppppppp !! Le Delkim vert de Ricket déchire la nuit. Le moulinet crache lentement mais sûrement la ligne tirée par un poisson lourd et têtu. Sous la lumière de la lune, le combat ressemble à un mélange d’escrime et de tir à la corde. Comme le roseau, la canne plie mais ne rompt pas, Eric fait le chêne. Le poisson qu’il croit vaincu repart de plus belle et fonce à toutes nageoires sur la gauche en direction de la roseraie, à se demander si c’est une carpe qu’il tient en laisse ou la Ferrari de Shumy. Vu la fiabilité et la régularité du régime de la bête qui accélère, c’est plutôt la Renault d’Alonso ! Bip bip bip…… fait mon delkim bleu.

    ……..
    - « Fais gaffe, elle passe sous la bannière de ma canne de droite. Bip Bip Bip
    - C’est pas moi je te dis, elle est collée au fond et elle bouge plus maintenant. » Le moteur doit être fatigué ou elle est en panne ! Moment d’hésitation…….. J’approche de ma canne et miracle, la bobine se met à tourner. Je prends la canne et presque surpris, le poisson me prend immédiatement plusieurs mètres de tresse. Pendue, elle est pendue !. Je mets la pression, la canne se plie et elle s’arrête. Je ressens chaque coup de tête et elle décide également de faire la course en tête en virant dangereusement et tranquillement à gauche.

    - « P…..n, elles vont se croiser !
    - C’est bon, la mienne est repartie »
    Un premier remous brise le miroir et déforme les étoiles scintillantes qui s’y reflètent, puis un second, un troisième, quatrième…et elle repart pour un autre tour, lentement, sûrement. C’est interminable. Les pires idées traversent la tête, les jambes tremblent, l’adrénaline monte. Enfin la bête s’avoue vaincue, elle glisse dans le large et profond filet. C’est une magnifique miroir qui dépasse les 15 kilos . Quelques minutes plus tard, elle sera rejointe sur un matelas déjà humide par sa sœur dont la lèvre inférieure est clouée d ‘un piercing au parfum d’églantine forte. Nous nous recouchons, heureux et satisfaits d’avoir bien travaillé, 2 touches, 2 arrivées, 2 beaux poissons, on a connu bien pire ! Seule contrariété, il fait de plus en plus froid et les chutes brutales de  température ne m’ont jamais bien réussi, la pleine lune aussi ….mais je me suis réconcilié avec elle…..


    Nous passons une bonne partie de la fin de matinée sur l’eau où le poste est echo-sondé et même « plomb-sondé » au peigne fin. La température de l’eau est de 14 ° . A force de chercher, en limite de réserve, je trouve tout de même un trou, que dis-je un puits de 1,80 mètre de profondeur, soit 20 centimètres de plus qu’ailleurs et ce, sur seulement 10 petits M2. Cette cuvette reçoit 1 kilo de bouilles fraîchement roulées et une seule ligne avec un bonhomme de neige 25 mm Monster crabe + 20 mm Trigga. Je mets 2 cannes à gauche en bordure des roseaux sur un lit de graines et une autre à plus de 300 mètres. Ricket opère de la même manière mais à droite. Les bannières sont coulées. Wait and see….. Les nouvelles du front ne sont pas brillantes…. Yves a enchaîné trois départs pour autant de décroches…..Au milieu de l’après-midi, alors que nous sommes amusés par un ballet acrobatique d’un groupe de mésanges à longues queues, nos regards se tournent vers des bruits suspects de branches cassées provenant du sous bois. Nous pensons d’abord à la présence sympathique de sangliers , de biches ou de chevreuils qui abondent en ces lieux. Mais que neni, il s’agit de nos voisins qui font des provisions de bouche en retournant les feuilles. Après avoir consciencieusement écumé le derrière de leur poste, ils se rapprochent dangereusement de nous. Ne voulant pas faire les frais de la cigale, nous nous transformons immédiatement en fourmis mycologues. Nous ramassons pour l’omelette du soir et des jours suivants des pieds de mouton, girolles, chanterelles en tube, bolets orangés et autres rares têtes de nègre.

    Pour la deuxième fois depuis notre arrivée, la boule de feu disparaît au loin, comme avalée par l’horizon. La lune joue à cache-cache avec les nuages. Le vent souffle toujours à l’est et la température chute encore. C’est certain, il va geler cette nuit. Christouf, notre vaillant président de club nous rejoint à une heure que nous qualifions toujours « d’intelligente ». Nous parlons pêche et notamment de ce refroidissement qui semble affecter l’appétit des poissons.
    21H00 : Bipppppppppppppppppppppppppppppppp, départ tout droit sur mon delkim bleu.. C’est la canne placée dans « mon » puits à plus de 300 mètres en travers qui déroule. La prise de contact est immédiate avec la tresse. Malgré la distance , 180 grammes de plomb et une main ferme sur la bobine , elle prend toujours du fil. Le cliquetis du frein de la bobine s’arrête enfin. Je reprends quelques mètres de fil mais un nouveau rush me fait douter. Je n’ai plus de tresse et c’est le backing qui sort. Il ne me reste plus que quelques tours de fils dans le moulinet quand elle s’arrête à nouveau définitivement. Christouf en arrive presque à me supplier pour que nous allions chercher le poissonen barque. Têtu comme une mule, j’ai décidé de la prendre du bord car rien ne presse et il n’y a aucun obstacle. Elle nage maintenant lentement dans ma direction comme le font souvent les gros poissons. Pas besoin de tirer dessus et j’ai une confiance aveugle (trop ?) dans mes montages. Après des minutes qui semblent interminables mais jamais assez longues à mon goût, elle arrive enfin à portée d’épuisette. Après plusieurs puissants rushs de la dernière chance, Christouf la cueille au premier passage.
    - « Alors, c’est maillé à + de 60 cms ?
    - C’est un petit boudet qui doit faire les 20 ».
    Elle est là, couchée sur le flanc, longue avec un battoir large et puissant. Sa bouche immense cherche désespérément un brin d’oxygène. L’hameçon, un N°2 de la gamme à quatre sous comme dirait un autre Eric est parfaitement planté dans la lèvre inférieure. Elle est mienne ou plutôt notre. Après une rapide pesée, l’aiguille stationnera juste en dessous des 20. Je suis définitivement réconcilié avec la pleine lune.

    Vendredi 03 novembre 2006 : 02H30 : bipppppppppbipppppp…….bip…….. La diode rouge du delkim de Ricket illumine la nuit. Empêtré dans mon duvet, je bondis trop précipitamment et je tombe le nez par terre, c’est la faute ….au bed-chair. Ricket est déjà sur sa canne. Le froid me saisi. L’épuisette est collée sur la barque et les bivies sont couverts de givre. Le thermomètre affiche – 3 degrés et la température de l’eau est maintenant à seulement 9 degrés. La lune, est bien ronde et l’on y voit presque parfaitement. La carpe se trouve à près de 350 mètres dans une trouée de nénuphars. Nous embarquons sur le Bic avec l’espoir caché de ramener un autre petit « boudet ». La déception est de taille et la réalité nous ramène les pieds sur terre avec une jolie petite miroir estimée à 6 kilos. J’en profite pour me « payer » la tête de Ricket. Dans la matinée, je prendrai à la même distance un autre petit poisson de 3 kilos qui a mordu sur une pop-up de 35 mm. Avec un tel appât, je pensais être en droit d’attendre mieux ce qui me vaut « un chambrage » en règle sympathique et bien mérité de mon coéquipier. La température chute, le poids des carpes aussi. Nous en déduisons que les gros poissons ne sont pas dans cette petite profondeur. Les résultats de nos voisins confirment notre analyse. Les lignes sont retendues dans la profondeur maximale. Je replace une nouvelle ligne dans mon puits. J’abandonne Ricket à la corvée de vaisselle (ouf !) pour aller faire quelques provisions car ce soir, nous devons d’accueillir un hôte de marque en la personne de Christian, président du Club de Secondigny qui nous a invités. Moules marinière, huîtres d’Arcachon (nous sommes toujours vivants !) et Chablis réconforteront notre sympathique hôte qui se fera un plaisir de nous expliquer le poste qu’il connaît bien.


    Samedi 04 novembre 2006 : 03H15 : bippppppppppppppppppppp. Tout droit de la canne placée dans le puits. Ce trou, c’est une mine dont j’exploite le filon avec bonheur. Il fait vraiment froid avec cinq degrés en dessous de zéro. Nous épuisons rapidement une petite commune de 9 kilos avant de regagner nos pénates et la douce chaleur du duvet. Grrrrrrr, ça caille grave ! Au petit matin, nous sommes réveillés par un vol d’oies qui carcardent en descendant vers le sud. Nous avons mal dormi, nos voisins aussi et les départs n’en sont malheureusement pas la cause. Nous avons presque passé tous les cris des animaux de l’arche de Noé en revue pendant la nuit, brame d’un cerf (en retard ?), braiments au loin d’un âne (ce doit être le cousin de celui qui est près du lac d’Albert) et pour couronner le tout, hululements endiablés d’une chouette ou d’un hibou perché sur le chêne abritant nos bivis. Nous ne prendrons aucun poisson la nuit suivante. Je profiterai de cette longue et calme veillée à lire le « Papillon des Etoiles », le dernier bouquin de Bernard Werber dans lequel le peuple des hommes est obligé de quitter la terre nourricière après l’avoir saccagée. St Exupéry l’a dit «Nous n'héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants.», bon nombre de personnes devraient méditer sur cette citation, certains pêcheurs qui se disent « carpiste » aussi. Le session se termine, nous quittons à regrets la Brenne pour rejoindre la civilisation avec une seule idée en tête, la quitter au plus vite pour vivre à nouveau en communion avec la nature.

    Bien couler ses plombs

    BIEN COULER SES PLOMBS : MODE D’EMPLOI Clin d'oeil

    J ‘ai longuement hésité avant de rédiger cet article. Pourquoi écrire sur la façon de couler des plombs ? Cela semble si simple, voir banal et à la portée de tout le monde. En fait c’est en parcourant les forums du Net que je me suis aperçu du manque de rigueur, pour ne pas dire de l’inconscience de certains carpistes prêt à tout pour économiser quelques euros au détriment de leur santé mais aussi de l’environnement.

    Le plomb présente des dangers méconnus et pas seulement pour l’homme. Il faut l’utiliser en étant un bon « éco-carpiste ». Sa transformation en boulet, missile ou autre montre nécessite un matériel adapté qu’il convient d’utiliser en toute circonstance à titre préventif.
    Le plomb est un métal mou qui était déjà utilisé dans l’Egypte ancienne, soit 7000 ans avant JC. Sa température de fusion est basse (375°) par rapport aux autres métaux. C’est notamment cet aspect qui en permet une utilisation facile. Il faut retenir que le plomb est l’un des quatre métaux les plus nocifs pour la santé. S’il peut pénétrer dans le corps humain par ingestion de nourriture ou d’eau, c’est l’inhalation de ses vapeurs qui nous concerne dans le présent sujet et qui doit retenir toute votre attention. Il a des effets particulièrement nocifs sur la santé dont voici une liste non exhaustive :

    - Facteur cancérigène (cancer bronchique ou rénal)

    - Dommages au cerveau (dont perturbation du système nerveux)

    - Hypofertilité (déclin de la fertilité chez l’homme : pensez à vos spermatozoïdes !)

    - Perturbation de la biosynthèse de l’hémoglobine

    - Anémie,

    - Problèmes reinaux,

    - Fausses couches

    - ect…….

    Nous connaissons tous les problèmes d’environnement liés à l’utilisation du plomb notamment dans les résidus des fumées d’échappement des véhicules, des peintures, mais aussi dans les pesticides qui finissent toujours par polluer le sol et l’eau. Les chasseurs mais nous aussi les pêcheurs, regardons les choses en face, nous sommes des pollueurs !

    Le plomb s'accumule dans le corps des organismes aquatiques et terrestres qui souffrent des conséquences d'un empoisonnement au plomb. Chez les crustacés ces effets se font ressentir même si de très petites concentrations de plomb sont présentes. Les fonctions du phytoplancton peuvent être perturbées lorsque le plomb est présent. Le phytoplancton est une source importante d'oxygène dans les mers et beaucoup d'animaux marins plus gros s'en nourrissent. Couler des plombs c’est économique, éviter de les perdre c’est écologique !
    Je vais vous faire part d'une anecdote flagrante de notre impact néfaste sur l'environnement. Il y a près de 4 ans maintenant, notre club a participé au nettoyage d’un plan d’eau privé à l’occasion d’une vidange quinquénale. Aidés de plusieurs détecteurs de métaux nous avons dépollué en partie le site et retiré des centaines de kilos de plombs et des kilomètres de fils, principalement des plombs pour pêcher la carpe ! Si nous avions eu plus de temps, je suis certain que nous en aurions retiré près d'une tonne ! Nous nous devons d'agir en « éco-carpiste » et respecter quelques petites règles simples :

    - Eviter de pêcher des lieux particulièrement encombrés. (c'est bien pour les poissons aussi !)

    - Mettre des têtes de ligne pour éviter le claquage sur un lancé appuyé.

    - Remplacer le plomb par des pierres (notamment lors des déposes en bateau ou en rivière)

    - Utiliser des agraphes porte-plomb de qualité !

    - Plastifier ses plomb pour réduire au maximum sa toxicité qui se produit au contact de l'eau.

    Une petite piqûre de rappel me semblait nécessaire pour certains et l'information me paraissait obligatoire pour ceux qui ont décidé de se lancer dans l'étape suivante : le coulage du plomb.

    Je vais vous dresser la liste des matériels que j'utilise pour cette opération simple mais pas si anodine que ça. Je ne prétends pas détenir la science infuse mais je peux cependant me prévaloir (sans prétention aucune) de ne m'être jamais brûlé depuis de nombreuses années. Certains sont certainement bien plus doués que moi et je suis preneur « des retours d'expériences » ainsi que de toutes les astuces qui peuvent améliorer la technique.

    Voici donc les matériels que je juge indispensable :

    A) pour la sécurité


    • Un pot de fusion LEE-PRO (bien plus pratique et sécurisant qu'une casserole et le gaz)

    • Un ventilateur

    • Un masque de protection

    • Lunettes de protection

    • Une paire de gants

    • Une bassine d'eau


    B) Pour travailler :


    • Plomb

    • Une louche inox modifiée. (faire un bec verseur pour la précision coulage dans l'orifice du moule)

    • Pinces coupantes

    • Emérillons et attaches

    • pince étau, étau ou petit serre joint

    • Lime

    • gaine silicone diamètre 2,5 mm



    La première des sécurités est de bien choisir le lieux où l'on va couler ses plombs, c'est à dire toujours à l'extérieur de la maison. Il faut absolument éviter tout confinement. Pour éviter d'inhaler les vapeurs, il faut se placer dos au vent. Le ventilateur permet d'accentuer l'évacuation des fumées toxiques et le masque est le dernier rempart de protection. Il faut également s'abstenir de se trouver dans un angle de murs qui capture les vents et qui deviennent alors tourbillonnants... Les amateurs de barbecue comprendont ...

    Il faut choisir une surface de travail particulièrement stable et spacieuse.

    J'ai vu un ami faire chauffer du plomb dans une casserole sur un cageot. C'est une attitude complètement inconsciente..... Mieux vaut prévenir que guérir car si la casserole tombe c'est évidemment trop tard et catastrophique. Je n'ose même pas penser à la douleur..... Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ! Le cageot c'est pour le barbecue.....

    Après vous être équipé correctement, vous pouvez commencer à faire fondre le plomb. Le modèle de pot de fusion que nous possédons permet de faire fondre plus de 2 kilos de plomb en moins de 15 minutes et de le garder à bonne température. Pendant cette opération, toutes les impuretés remontent en surface. Vous devez écumer la surface et enlever ces déchets pour garder la meilleur qualité de plomb possible. De cette opération dépendra un coulage rapide sans aspérité dans le moule.


    Première astuce : Pour que le premier coulage soit réussi, il faut que le moule soit monté « en température ». Il doit être chaud sinon le plomb va se refroidir trop vite et obstruer le canal avant la fin du coulage. C'est d'autant plus vrai et important que les plombs à couler sont de gros grammages (130 grammes et plus). Il suffit simplement de verser du plomb chaud à l'intérieur des deux parties du moule. On récupère ensuite le plomb. Cela prend une minute et je répète l'opération à deux reprises. Vous allez vite constater que le moule est chaud et prêt à fonctionner. Mettez votre émérillon ou votre tige centrale (in line). Après avoir mis vos gants de protection, serrez les deux parties du moule avec un serre joint ou une pince étau. C'est prêt à couler !


    Deuxième astuce : Pour ceux qui comme moi sont des inconditionnels du plomb in line. Les « in line » sont traversés par un canal sur toute leur longueur et les moules sont généralement livrés avec une tige métallique à insérer qui permet de former ce fameux canal. Le principal problème est que cette tige est du même diamètre sur toute sa longueur ce qui ne permet pas d'insérer des connecteurs, vous savez cette pièce en plastique qui traverse le plomb et dans laquelle on coince l'émérillon pour que le montage soit fixe.



    Au départ, je reprenais chaque plomb en agrandissant sa sortie dans une perceuse à colonne. Cette methode était très astreignante jusqu'à ce que mon ami Christophe m'apporte la solution sur un plateau ! : Le SILICONE. Le silicone ne fond pas même dans un plomb en fusion et ce dernier n'a aucune adhérence sur lui ! Il suffit donc d'enfiler sur la tige métallique un morceau d'environ 1 centimètre de long de silicone et le tour est joué ! Simple comme bonjour quand on a la solution ! J'utilise du silicone en diamètre 2,5 à 3mm.




    Porteur de vos gants, après avoir versé le plomb dans le moule avec une louche (ou avec la tirette prévue à cet effet sur le lee-pro), vous pourrez le retirer presque immédiatement avec la pince. Plongez le et laissez le dans la bassine d'eau. Si vous laissez vos plombs refroidir sur la table, à un moment ou à un autre, c'est pratiquement inévitable vous allez vous brûler ! En effet, pour mettre les émérillons dans le moule, vous devez enlevez vos gants et TRES GRANDE sera la tentation de soupeser vos plombs et un plomb de 170 g ça ne refroidit pas vite.... Je sais déjà que cela va rappeler de mauvais souvenir à certains lecteurs..... Ha si j'avais eu une bassine d'eau à proximiné !


    Au bout de quelques temps, il va falloir remettre du plomb dans le pot de fusion ou dans la casserole. Evitez de le jeter ou de le laisser tomber dedans car cela gigle vite et fort. Au mieux vous avez des lunettes de protection et vous évitez la catastrophe, au pire vous n'avez pas de lunettes et des manches courtes.... et la bassine d'eau ne vous servira à rien. Le mieux est de mettre le plomb dans la louche puis dans le pot ou la casserole.

    Il est possible de couler en quelques heures tous les plombs dont vous aurez besoin pour toute votre saison mais ce n'est pas l'étape la plus longue et la plus passionnante. Je suis un tantinet perfectionniste et j'adore le camouflage. Ceux qui ont connu la conscription se rappellent certainement des termes mémo-techniques FFOMEC pour le camouflage qui doit être PADE (Préventif Adapté Discret et Entretenu). Le camouflage de mes plombs est une étape à laquelle j'accorde beaucoup d'importance comme d'ailleurs beaucoup de fabricants. Vous verrez dans un prochain article comment devenir un fondu de camou.... En attendant, a vos moules !